
Santé mentale des hommes GBTQ+: tu n'as pas à tout porter seul
Par l'équipe Familio, dans le cadre du Mois de la Fierté et du Mois de la santé mentale des hommes
Il y a des hommes qui semblent aller bien. Ils ont un travail, des amis, une vie remplie. Et pourtant, au fond d'eux, ils portent depuis longtemps des questions, des peurs ou une solitude dont ils ne parlent à personne.
On parle aujourd'hui davantage de diversité, d'orientation sexuelle et d'identité de genre. Mais cette ouverture, aussi précieuse soit-elle, ne fait pas disparaître tout ce que vivent encore plusieurs hommes GBTQ+. Apprendre à se cacher, craindre le jugement, se demander qui l'on est vraiment: tout cela laisse des traces sur la santé mentale.
Les réalités GBTQ+ sont multiples et ne se résument évidemment pas à une seule expérience. Dans cet article, nous nous concentrons plus précisément sur la santé mentale des hommes GBTQ+, parce que cet angle s’appuie sur les entrevues réalisées avec RÉZO, un organisme spécialisé auprès des hommes gais, bisexuels, queer, autres hommes, et personnes trans ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.
À l'occasion du Mois de la Fierté et du Mois de la santé mentale des hommes, nous avons donc voulu mieux comprendre ces réalités et rappeler que personne n'a à les traverser seul. Pour cela, nous avons donné la parole à deux personnes qui œuvrent dans un organisme communautaire qui, avec son équipe d’intervention, accompagne ces hommes au quotidien: Alexandre Dumont-Blais, directeur général de RÉZO, et Joris Grail, coordonnateur de l'équipe d'intervention. Présent à Montréal depuis plus de 35 ans, cet organisme communautaire lutte contre la discrimination et la stigmatisation, tout en accompagnant les hommes des communautés GBTQ+ par l'écoute, les groupes de discussion et l'intervention directe dans leurs milieux de vie. Leurs observations éclairent ce que les professionnels de Familio rencontrent aussi en consultation.
Pourquoi la santé mentale des hommes GBTQ+ mérite qu'on en parle
Avant de chercher comment aller mieux, il faut reconnaître ce qui pèse, souvent sans bruit. Et ce poids, plusieurs le décrivent de la même façon: l'impression de ne jamais pouvoir baisser la garde, de devoir filtrer une partie de soi pour être accepté. C'est précisément là que la santé mentale commence à s'effriter.
Les chiffres le confirment. Selon l'enquête EMIS 2017 menée au Canada auprès des hommes gais, bisexuels et des autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes - personnes trans incluses -, près d'un répondant sur quatre rapportait des symptômes modérés à sévères d'anxiété ou de dépression (23,9 %), et plus d'un sur quatre avait eu des idées suicidaires au cours des deux semaines précédentes (26,1 %).
Ces résultats ne sortent pas de nulle part: les hommes de la diversité sexuelle et de genre sont plus susceptibles de vivre de l'anxiété ou une dépression que la population masculine en général, et ces difficultés sont encore plus marquées chez les personnes trans. Mais derrière ces pourcentages, il y a des histoires bien concrètes. Et quand on écoute ce que vivent ces hommes, trois réalités reviennent presque toujours.
Quand on apprend à cacher une partie de soi
La solitude est l’une des réalités qui ressortent le plus souvent. Une solitude qui touche plusieurs hommes, mais qui peut être encore plus marquée chez les hommes GBTQ+. « Plusieurs hommes vivent encore leurs difficultés seuls, en se cachant », observe Alexandre Dumont-Blais. Pour beaucoup, cette habitude remonte loin: on apprend très tôt à dissimuler une partie de soi pour se protéger. Le problème, c'est qu'à force de se taire, on finit par se sentir seul même bien entouré. Or, sans soutien social sur qui s'appuyer, ce repli ne fait qu'accentuer la solitude.
La peur d'être jugé, rejeté ou incompris
À cette habitude s'ajoute une peur tenace. La crainte du jugement, du rejet familial ou social et de l'incompréhension reste très présente, explique le directeur général de RÉZO. Quand on a appris à « rester fort » et à ne pas montrer ce que l'on ressent, demander de l'aide peut sembler insurmontable. Aller chercher du soutien, c'est pourtant souvent la première étape vers un mieux-être.
Se questionner sur son orientation ou son identité, à tout âge
Et puis, il y a tout ce qui se joue à l'intérieur, parfois pendant des années. Certaines personnes, qu'elles soient cisgenres, transgenres ou non binaires, se questionnent longtemps sur leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Pour les personnes transgenres, dont l'identité de genre ne correspond pas au sexe assigné à la naissance, ce cheminement s'accompagne parfois d'un stress supplémentaire. D'autres ont peur de ne pas être « certaines », de ne pas entrer dans une case ou de décevoir leurs proches. Ces questionnements n'ont pas d'âge: ils peuvent surgir à 16 ans comme à 50. Comme le résume Alexandre Dumont-Blais, « on peut être entouré, avoir une vie qui semble aller bien… et malgré tout porter seul des questions sur qui l'on est, ce qui peut mener à des problèmes de santé mentale ».
Pour Joris Grail, ces questions ne se vivent jamais en vase clos. Le mal-être intérieur, les blessures ou les traumatismes, souvent liés à la discrimination, finissent souvent par peser sur l'ensemble de la personne. C'est pourquoi il faut, selon lui, regarder la santé dans sa globalité plutôt qu'en morceaux.
Ce que RÉZO observe sur le terrain
Ces constats ne sortent pas de nulle part. Sur le terrain, jour après jour, les intervenants de RÉZO rencontrent des hommes qui portent souvent les mêmes réalités: l’isolement, l’anxiété, la peur d’être jugés, les difficultés à créer des liens ou à se sentir pleinement à leur place. Derrière chaque parcours, il y a bien sûr une histoire unique, mais plusieurs besoins reviennent avec force: être écouté sans devoir se justifier, trouver un espace sécuritaire pour parler de ce qui pèse, et sentir qu’il existe des ressources capables d’accueillir ces questionnements avec respect et bienveillance.
Isolement, anxiété et solitude
Les thèmes qui ressortent sont souvent les mêmes: isolement, anxiété, solitude, difficultés relationnelles, rapport au corps, et cette impression tenace de « ne pas être à sa place ». Pour y répondre, RÉZO anime des groupes de discussion sur l'estime de soi, les relations et la vie gaie.
Joris Grail rappelle aussi une réalité plus dure: la précarité, parfois l'itinérance, touche une partie des hommes qu'il accompagne, souvent en raison de la stigmatisation liée à leur identité. « On a un programme pour des hommes en situation d'itinérance; on les aide avec des accompagnements, de la nourriture, du logement », explique-t-il. Avant même de pouvoir parler de santé mentale, il faut parfois d'abord répondre à des besoins de base.
Qui consulte le plus?
Derrière ces réalités communes, les parcours varient beaucoup d'une personne à l'autre. Les profils diffèrent selon l'âge, note Alexandre Dumont-Blais. Les plus jeunes consultent souvent pour des questionnements identitaires, le coming out ou l'anxiété. Les hommes plus âgés, eux, viennent davantage pour la solitude, les relations ou le sentiment d'avoir longtemps caché une partie d'eux-mêmes. Dans tous les cas, le besoin est le même: être accueilli sans avoir à se justifier.
Aller à la rencontre des hommes, là où ils sont
Reste qu'avant de consulter, encore faut-il oser faire le premier pas, et tous n'y arrivent pas seuls. C'est pourquoi RÉZO ne se contente pas d'attendre les gens dans un bureau. « On se déplace dans les bars, les saunas, les cégeps, les universités », raconte Joris Grail. L'été, l'équipe est présente à l'extérieur, notamment à la Zone Rose, pour discuter, informer et orienter vers des ressources en matière de santé mentale et de santé sexuelle. L'idée est simple: multiplier les portes d'entrée pour que personne ne reste sans soutien. Cette logique de proximité, on la retrouve aussi du côté clinique, où le but est de rendre l'aide accessible et sans intimidation.
Plus de visibilité, mais aussi plus de peur?
Si l'on regarde ces difficultés de plus près, une question revient souvent: les choses s'améliorent-elles vraiment? Oui et non, nuance Alexandre Dumont-Blais. Il y a aujourd'hui plus d'ouverture, de ressources et de visibilité qu'avant. Mais plusieurs personnes ont aussi l'impression qu'il y a davantage de commentaires haineux, de harcèlement en ligne et d'intimidation, des formes d'homophobie et de transphobie qui pèsent lourd sur la santé mentale des personnes concernées. Cette tension, être plus visible tout en se sentant parfois plus exposé, pèse directement sur l'anxiété, la confiance en soi et le sentiment de sécurité.
Et la violence ou le rejet ne viennent pas toujours de l'extérieur, rappelle Joris Grail. Ils surgissent parfois à l'intérieur même de la communauté: des personnes trans, bisexuelles ou non binaires peuvent se sentir jugées, voire exclues, par d'autres membres LGBTQ+, par exemple par certains hommes gais. Une partie du travail de RÉZO porte d'ailleurs sur les relations entre hommes et sur le consentement, autant de sujets qui, là encore, touchent de près le bien-être psychologique.
Demander de l'aide: un geste de force
Devant tout cela, une chose demeure: il existe des solutions, et demander de l'aide en fait partie. Parler, se confier ou consulter un professionnel de la santé mentale ne veut pas dire qu'on est faible. « Tu n'as pas à traverser cela seul », résume Alexandre Dumont-Blais. C'est souvent tout le contraire: une façon de reprendre du pouvoir sur sa vie et de déposer un poids que l'on portait depuis trop longtemps.
Selon ce que l'on traverse, différents professionnels de Familio peuvent accompagner, dans un espace bienveillant et sans jugement:
Un·e psychologue peut aider en présence d'anxiété, de détresse, de blessures liées au rejet, de difficultés d'estime de soi, de traumatismes ou de questionnements identitaires.
Un·e travailleur·euse social·e peut soutenir face à l'isolement, aux conflits familiaux ou au besoin d'être accompagné dans certaines démarches.
Un·e sexologue peut accompagner les personnes qui se questionnent sur leur orientation, leur identité de genre, leur sexualité ou leur rapport au corps.
Un·e neuropsychologue peut aider lorsque des enjeux comme le TDAH, la surcharge ou des difficultés de concentration rendent le quotidien plus lourd.
Et lorsque franchir la porte d'une clinique semble encore trop difficile, des organismes comme RÉZO offrent une première écoute, directement dans les milieux de vie. Joris Grail le rappelle: l'accès aux soins reste un enjeu, les délais peuvent être longs et certaines personnes rencontrent des obstacles. Les deux approches, communautaire et clinique, sont complémentaires. L'important, c'est de trouver une porte qui s'ouvre.
Conclusion - Tu n'as pas à traverser cela seul
Se poser des questions, vivre des hauts et des bas ou ne pas toujours savoir comment se sentir: rien de tout cela n'est anormal. Aujourd'hui, il existe plus de ressources, d'écoute et d'espaces sécuritaires qu'avant, à Montréal comme partout au Québec.
Les professionnels de Familio sont là pour accompagner les hommes LGBTQ+ à chaque étape de leur parcours. Peu importe où tu en es: tu n'as pas à tout comprendre, ni à tout porter seul. Si tu as besoin de parler ou besoin d'aide, n'hésite pas à nous contacter pour prendre rendez-vous.
Ce portrait est basé sur des entrevues réalisées en 2026 avec Alexandre Dumont-Blais (directeur général de RÉZO) et Joris Grail (coordonnateur de l'équipe d'intervention de RÉZO).
Sources
CanadaHelps. RÉZO – Santé et mieux-être des hommes gais et bisexuels.
https://www.canadahelps.org/fr/organismesdebienfaisance/rezo-health-and-well-being-of-gay-and-bisexual-men/
Fierté Montréal. RÉZO – Organisme communautaire LGBTQ+.
https://fiertemontreal.com/fr/artistes/rezo-2024
RÉZO. Santé et mieux-être des hommes gais, bisexuels, trans et queer.
https://www.rezosante.org/
Femmes et Égalité des genres Canada. Saison de la Fierté.
https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/saison-fierte.html
Santé Canada. À l’aube du Mois de la santé des hommes, le Canada progresse dans l’élaboration de sa première stratégie axée sur la santé des hommes et des garçons.
https://www.canada.ca/fr/sante-canada/nouvelles/2026/06/a-laube-du-mois-de-la-sante-des-hommes-le-canada-progresse-dans-lelaboration-de-sa-premiere-strategie-axee-sur-la-sante-des-hommes-et-des-garcons.html
Ressources
RÉZO
https://www.rezosante.org/Organisme montréalais voué à la santé et au mieux-être des hommes gais, bisexuels, trans et des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. RÉZO offre notamment de l’intervention, des groupes de discussion, de l’accompagnement et des ressources en santé mentale, santé sexuelle et mieux-être.
Interligne
https://interligne.co/Service d’écoute, d’intervention et de renseignements destiné aux personnes LGBTQ+, à leurs proches et aux intervenant·es. Interligne peut offrir du soutien en lien avec le questionnement identitaire, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, l’isolement ou le besoin de parler à quelqu’un.
GRIS-Montréal
https://www.gris.ca/Organisme communautaire qui démystifie les orientations sexuelles et les identités de genre, notamment par des activités de sensibilisation et d’éducation. Son site propose aussi une liste de ressources LGBT+ utiles au Québec.
Le JAG
https://lejag.org/Organisme communautaire de sensibilisation, de soutien et de référencement qui dessert la Montérégie. Le JAG accompagne les personnes LGBTQ+ ou en questionnement, ainsi que leurs proches, avec une approche humaine, inclusive et accessible.
Fondation Émergence
https://www.fondationemergence.org/Organisme qui lutte contre l’homophobie et la transphobie à travers des campagnes de sensibilisation, des outils éducatifs et des ressources pour mieux comprendre les réalités LGBTQ+.
Conseil québécois LGBT
https://www.conseil-lgbt.ca/Organisme de défense des droits qui agit comme porte-parole des réalités LGBT au Québec. Il regroupe plusieurs organismes membres et propose de l’information sur les enjeux sociaux, politiques et communautaires touchant les personnes LGBTQ+.
Alliance Arc-en-ciel de Québec
https://arcencielquebec.ca/Organisme de la région de Québec qui offre des ressources, des activités et de l’information sur les réalités des personnes issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres.
Coalition des familles LGBT+
https://familleslgbt.org/Organisme qui soutient les parents LGBT+, leurs enfants et les personnes LGBTQ+ qui souhaitent fonder une famille. La Coalition offre de l’information, des outils et de la défense de droits pour les familles issues de la diversité sexuelle et de genre.
ASTT(e)Q – Soutien aux personnes trans
https://cactusmontreal.org/soutien-aux-personnes-trans/Organisation par et pour les personnes trans, offrant du soutien, de l’accompagnement, des activités de groupe et des ressources pour favoriser la santé, la sécurité et la qualité de vie des personnes trans au Québec.
Fierté Montréal – Organismes communautaires 2SLGBTQIA+
https://fiertemontreal.com/fr/organismesRépertoire d’organismes communautaires LGBTQ+ permettant de découvrir différentes ressources de soutien, d’information, d’éducation et d’accompagnement selon les besoins.
Suicide.ca
https://suicide.ca/Service québécois d’aide en prévention du suicide, offert 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Il s’adresse aux personnes qui vivent de la détresse, qui s’inquiètent pour un proche ou qui traversent un deuil par suicide. Au Québec, il est possible d’appeler le 1 866 277-3553, de texter le 535353 ou d’utiliser le clavardage en ligne pour parler à un intervenant de façon confidentielle.
Questions fréquentes
Les enjeux de santé mentale vécus par certains hommes LGBTQ+ ne viennent pas de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, mais plutôt du stress, du rejet, de la discrimination, de l’isolement ou de la peur d’être jugés. Le fait de devoir cacher une partie de soi ou de ne pas se sentir pleinement accepté peut peser sur l’anxiété, l’estime de soi et le bien-être.
À Montréal, des organismes comme RÉZO offrent du soutien aux hommes LGBTQ+, notamment par l’écoute, l’intervention et des groupes de discussion. Selon les besoins, il est aussi possible de consulter un professionnel en santé mentale sensible aux réalités LGBTQ+, par exemple chez Familio. La section Ressources de cet article regroupe aussi plusieurs organismes pouvant offrir de l’information, du soutien ou une première porte d’entrée.
Un·e sexologue peut accompagner les questionnements liés à l’orientation sexuelle, à l’identité, au désir, au rapport au corps ou aux relations. Un·e psychologue, un·e psychothérapeute ou un·e travailleur·euse social·e peut aussi aider lorsque ces questions s’accompagnent d’anxiété, de détresse, de conflits familiaux ou d’un besoin de soutien plus global.
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