
Comprendre le deuil: étapes, émotions et processus de deuil
Qu’est-ce que le deuil?
Le deuil n’apparaît pas seulement après un décès. On distingue généralement deux grands types de deuil. Le premier est lié au décès d’un être cher, comme un parent, un enfant, un conjoint, une conjointe, un partenaire de vie, un ami proche ou même un animal de compagnie. Cette perte peut bouleverser profondément la vie, les repères et le sentiment de sécurité.
Le second, parfois appelé « deuil vivant », survient sans décès. Il peut être lié à un divorce, une retraite, au départ des enfants ou à un problème de santé. La perte d’un rôle, d’une relation ou d’une partie de son identité peut elle aussi faire vivre un véritable deuil.
Dans la plupart des cas, le deuil devient graduellement moins envahissant, même si certaines émotions peuvent revenir par vagues longtemps après la perte. Toutefois, lorsque la personne en deuil ressent une souffrance qui demeure très intense et continue d’occuper toute la place pendant une période de plus de 12 mois après le décès, le DSM-5-TR parle de trouble de deuil prolongé. Celui-ci peut se manifester par une difficulté persistante à accepter la perte, un profond sentiment de vide, de l’isolement ou l’impression que la vie n’a plus de sens.
Les étapes du processus de deuil
Les étapes du deuil sont souvent utilisées comme des repères pour mieux comprendre ce qui se passe après une perte. Certaines personnes vivent surtout du choc et du déni au début, comme si ce qui arrive n’était pas tout à fait réel. D’autres ressentent rapidement de la colère, de la culpabilité, de la tristesse, de l’injustice ou une grande peur.
Certaines personnes ont l’impression de passer d’une émotion à l’autre sans comprendre pourquoi, parfois même dans la même journée, ou de revenir à une émotion déjà vécue. Il est aussi fréquent de revenir à une étape que l’on croyait traversée. Une personne peut, par exemple, ressentir davantage de colère ou de tristesse plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard. Ces allers-retours font partie du processus normal de deuil. Le modèle de Kübler-Ross met des mots sur certaines réactions fréquentes.
Les 5 étapes du deuil après la perte d’un être cher selon Elisabeth Kübler-Ross
Choc ou déni
Difficulté à croire à la réalité de la perte, impression que ce qui arrive n’est pas tout à fait réel.
Colère
Frustration, injustice ou ressentiment dirigé vers soi, les autres ou la situation.
Marchandage
pensées du type « si seulement… » ou « et si… », avec l’impression d’avoir pu faire autrement.
Désorganisation ou dépression
Tristesse profonde, vide, isolement, perte d’appétit ou troubles du sommeil.
Acceptation, réorganisation ou intégration
Capacité graduelle à vivre avec la perte et à lui donner un sens.
D’autres approches proposent plutôt sept étapes afin de mieux refléter ce qui se transforme avec le temps.
Les 7 étapes du deuil selon Jean Monbourquette
Tu pensais aller mieux… jusqu’à ce qu’une chanson, une odeur, ou un moment fasse tout remonter.
Quand la douleur revient alors que le temps passe, il est normal de se demander pourquoi. On entend parler des étapes du deuil, comme s’il suffisait de les traverser une à une pour aller mieux. Comme s'il y avait une « bonne façon » de vivre son deuil.
Pourtant, le deuil ne suit pas une ligne droite. Il peut revenir par vagues, prendre différentes formes et se vivre très différemment d’une personne à l’autre. Comprendre ce qui se passe peut aider à mettre des mots sur ce que l’on ressent, à reconnaître les émotions qui reviennent et à savoir quand aller chercher du soutien.
Choc
Impression d’être figé ou de fonctionner « sur le pilote automatique ».
Déni
Difficulté à accepter ce qui vient de se passer.
Colère
Colère, injustice ou frustration.
Culpabilité ou marchandage
Impression d’avoir pu faire autrement ou de ne pas en avoir fait assez.
Tristesse
Douleur, nostalgie, isolement ou désespoir.
Réorganisation
Retour progressif de certains repères et du quotidien.
Acceptation ou héritage intérieur
Reconnaître ce que la personne laisse en soi et la place qu’elle continue d’occuper.
En pratique, ces étapes ne sont pas des cases à cocher. Une personne peut ressentir plusieurs émotions en même temps, revenir à une étape déjà traversée ou ne jamais vivre certaines phases. Le processus de deuil est influencé par la personnalité de l’endeuillé, la relation avec la personne décédée, les circonstances entourant le décès et le réseau de soutien.
Tous les deuils ne se ressemblent pas non plus. Le décès d’un parent, la perte d’un enfant, un deuil périnatal, un deuil blanc ou une séparation ne provoquent pas les mêmes réactions ni les mêmes besoins. Certains types de deuil peuvent aussi être plus difficiles à reconnaître ou à traverser.
Les émotions normales du deuil
Au début, vivre un deuil peut provoquer un choc ou une forme de déni. C’est une réaction de protection normale devant une perte importante. Il peut être difficile de croire à ce qui vient de se passer, surtout lorsqu’un fort attachement existait avec la personne décédée. Certaines personnes ont l’impression de fonctionner « sur le pilote automatique », d’être engourdies ou incapables d’exprimer ce qu’elles ressentent. D’autres se sentent confuses, désorganisées ou ont l’impression que tout cela n’est pas réel. Cette première étape fait partie du processus d’adaptation à la perte.
Puis vient souvent une période plus intense, parfois décrite comme une « tempête émotionnelle ». Traverser les émotions du deuil peut vouloir dire ressentir de la tristesse, de la colère, de la culpabilité, de l’injustice, de la nostalgie, de la peur ou du désespoir. Des pensées comme « si seulement… » ou « j’aurais dû… » sont fréquentes. Certaines dates, comme une fête ou une date marquante, peuvent aussi raviver la douleur. Le deuil peut entraîner des réactions physiques comme les troubles du sommeil, la perte d’appétit, la fatigue, les crises de larmes ou l’anxiété. Dans cette période, l’expression des émotions, le réconfort des proches, des groupes de soutien ou d’autres personnes qui vivent une expérience semblable peuvent aider à se sentir moins seul.
Avec le temps, ces émotions deviennent souvent moins envahissantes. Cela ne veut pas dire que la personne est oubliée ou que la douleur disparaît complètement. Il devient alors possible de retrouver certains repères, de réorganiser son quotidien et de continuer à avancer autrement. Apprendre à vivre avec cette absence et avec ce qu’elle a transformé prend du temps, mais cela peut peu à peu devenir plus supportable.
Combien de temps dure un deuil?
Il n’existe pas de durée précise ou de façon « normale » de vivre un deuil. Chaque personne endeuillée traverse le processus à son rythme. Pour certaines, la souffrance s’apaise après quelques mois. Pour d’autres, elle reste très présente pendant plus longtemps. Le deuil est influencé par plusieurs facteurs, comme le lien avec la personne décédée, les circonstances du décès, la personnalité, le soutien reçu et les autres épreuves vécues au même moment.
La première année est souvent particulièrement difficile, parce qu’elle oblige à vivre une première fois les fêtes, les changements de saison, les anniversaires et les autres moments importants sans la personne. Un anniversaire, une chanson, une odeur ou un lieu peuvent faire revenir la douleur, même lorsque l’on croyait aller un peu mieux.
Avec le temps, le deuil ne disparaît pas forcément, mais il devient souvent moins envahissant. Une personne endeuillée peut continuer à ressentir de la tristesse ou du manque, tout en retrouvant graduellement certains repères et un nouvel équilibre.
Comment faire son deuil au quotidien
Le deuil n'est pas quelque chose que l’on « règle » rapidement. Après la perte d’un être cher, la mort d’une personne importante, une séparation ou une autre perte, il est normal de traverser une période où tout semble plus difficile. Certaines personnes ressentent surtout de la tristesse et de l’angoisse. D’autres vivent davantage d’engourdissement, de colère, de fatigue ou des symptômes dépressifs. Toutes ces réactions au deuil sont possibles.
Dans le quotidien, il peut aider de garder une certaine routine, même très simple: manger un peu, dormir, sortir prendre l’air, continuer certaines habitudes ou demander de l’aide pour les tâches plus difficiles. La douleur du deuil revient souvent plus fortement autour d’un anniversaire, d’une fête ou d’un souvenir important. Dans ces moments-là, prévoir quelque chose de réconfortant — voir une personne de confiance, écrire, aller marcher, regarder des photos ou créer un petit rituel — peut faire une différence.
Les personnes endeuillées ont souvent tendance à s’isoler, même lorsqu’elles auraient besoin de soutien. Pourtant, parler à d’autres personnes, à un proche ou à un professionnel peut aider à mettre des mots sur ce qui est vécu. Les groupes de soutien permettent aussi de réaliser que l’on n’est pas seul et que d’autres traversent une période semblable.
L’entourage a parfois envie de donner des conseils ou de dire qu’il faut « laisser partir ». Pourtant, le deuil ne consiste pas à oublier ni à effacer le lien avec la personne. Après la perte d’un être cher, plusieurs personnes trouvent plutôt du réconfort dans le fait de continuer à faire une place à cette relation: parler de la personne, souligner son anniversaire, conserver certaines habitudes, regarder des photos ou créer un rituel symbolique. Avec le temps, il devient possible de porter cette absence autrement. Peu à peu, cette absence devient un peu moins envahissante et laisse davantage de place aux souvenirs et à ce que la personne a laissé.
Quand le deuil devient-il plus difficile
Certains deuils sont plus difficiles à traverser que d’autres. C’est souvent le cas après la perte d’un enfant, un suicide, une mort soudaine, un deuil périnatal ou plusieurs pertes rapprochées. Mais certains deuils vivants peuvent aussi être particulièrement éprouvants: une séparation, un divorce, une rupture avec sa famille, un problème de santé, la perte d’un emploi, d’un projet de vie ou d’un rôle important.
Le deuil peut aussi être plus difficile lorsqu’il existe un fort attachement, une relation compliquée, un sentiment d’injustice ou peu de soutien autour de soi. Une personne endeuillée peut alors se sentir complètement seule, avoir l’impression de ne pas être comprise ou croire qu’elle devrait déjà aller mieux.
Parfois, certaines réactions prennent toute la place et ne semblent plus diminuer avec le temps. La tristesse, la culpabilité, la colère, le vide, l’isolement ou l’impression que la vie n’a plus de sens restent très présents. D’autres personnes ont l’impression d’être figées dans leur deuil, évitent tout ce qui leur rappelle la perte ou ne réussissent plus à retrouver leurs repères.
Lorsqu’un deuil lié au décès d’une personne demeure très intense plus de 12 mois après la perte et empêche de fonctionner au quotidien, le DSM-5-TR parle de trouble de deuil prolongé. Cela ne signifie pas qu’il existe une « mauvaise façon » de vivre son deuil, mais plutôt que certaines situations peuvent demander plus de temps, de soutien et parfois un accompagnement professionnel.
Quand consulter un professionnel?
Parfois, malgré le temps qui passe, la souffrance reste trop grande pour être portée seule. On peut avoir l’impression de s’être perdu en chemin, de ne plus se reconnaître ou de ne plus réussir à avancer. L’angoisse, le vide, l’isolement, les symptômes dépressifs ou la douleur peuvent alors prendre toute la place.
Il arrive aussi que certaines personnes se sentent figées dans leur deuil, comme si rien ne changeait, malgré tous leurs efforts. D’autres évitent tout ce qui rappelle la perte, se sentent constamment épuisées ou ont l’impression de devoir faire semblant d’aller mieux. Si c’est ce que vous vivez, vous n’avez pas à traverser cela seul.
Quand le deuil après la perte d’un être cher demeure très intense plus de 12 mois après la perte et empêche de fonctionner au quotidien, le DSM-5-TR parle de trouble de deuil prolongé. Cela signifie simplement que votre douleur a peut-être besoin de plus de soutien et de douceur.
Aller chercher de l’aide n’enlève rien à l’amour, au lien ou à ce que cette personne représentait. Au contraire, c’est parfois une façon de prendre soin de soi avec la même tendresse que l’on offrirait à quelqu’un qu’on aime. Prendre rendez-vous avec un psychologue, un travailleur social ou un autre professionnel peut permettre d’être accompagné à son rythme, avec bienveillance et sans jugement.
Sources
Fauré, Christophe. (2018). Vivre le deuil au jour le jour. Paris: Éditions Albin Michel.
Hanot, Nathalie. (2019). Le carnet de deuil: Mieux vivre les pertes et les ruptures par la méthode du Journal créatif. Montréal: Éditions Le Jour.
Lebel, Dominique. (2025). Présentation clinique sur le deuil destinée aux intervenants. Familio.
Monbourquette, Jean. (1994). Aimer, perdre, grandir. Montréal: Novalis.
Association canadienne de psychologie: https://cpa.ca/fr/psychology-works-fact-sheet-grief-in-adults/
CHU de Québec–Université Laval: https://www.chudequebec.ca/a-propos-de-nous/publications/revues-en-ligne/spiritualite-sante/dossiers/dossier-la-mort-et-ses-contours/le-processus-de-deuil-un-incontournable.aspx
Ordre des psychologues du Québec: https://www.ordrepsy.qc.ca/-/le-deuil-complique-et-persistant
Ressources
Si vous vivez un deuil ou accompagnez une personne endeuillée, plusieurs ressources offrent du soutien, de l’écoute, de l’information et des groupes d’entraide au Québec.
Centre de ressources pour hommes de Montréal
www.crhmontreal.ca
Groupe de soutien destiné aux hommes en deuil. Téléphone: 514 355-8300.
CISSS de la Montérégie-Centre
www.santemonteregie.qc.ca/centre/trousse-de-deuil-du-cisss-de-la-monteregie-centre
Cette trousse de deuil regroupe des outils, des conseils et des ressources pour mieux traverser cette période.
Deuil-Jeunesse
deuil-jeunesse.com
Service de consultation téléphonique et d’interventions individuelles et familiales pour les adultes, les enfants et les familles. Téléphone: 1 855 889-3666.
Fondation Monbourquette
www.maisonmonbourquette.com
La Fondation Monbourquette propose une liste complète de groupes de soutien, de services individuels et de ressources locales liées au deuil. Ligne d’écoute: 1 888 LE DEUIL (1 888 533-3845).
Hope & Cope
hopeandcope.ca/fr/services-de-soutien-aux-personnes-en-deuil/
Cette ressource offre différents services de soutien pour les personnes vivant un deuil, notamment des groupes et de l’accompagnement.
InfoDeuil
infodeuil.ca/ressources.html
Ce répertoire rassemble de nombreuses ressources, lignes d’écoute et services liés au deuil partout au Québec.
L’Appui pour les proches aidants
www.lappui.org/fr/je-suis-aidant/contenus-inspirants/deuil-anime
La série « Le deuil animé » propose des capsules visuelles pour mieux comprendre et traverser le deuil, particulièrement pour les proches aidants.
MonDeuil.ca
mondeuil.ca
Ressource confidentielle et gratuite qui aide à comprendre et à vivre son deuil.
Tel-Écoute – Ligne Le Deuil
tel-ecoute.org/services
Service de consultation téléphonique pour les personnes endeuillées. Téléphone: 1 888 LE DEUIL (1 888 533-3845).
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